Bestiaire musical vol. 3 : The Trout Karaoke

Après la grâce féline des deux chattes miaulantes, après les petites jambes graciles des quatre cygnes en tutu, nous vous proposons aujourd’hui un hymne à la princesse des rivières, à l’exquise et frétillante reine argentée, j’ai nommé… la Truite !

Cet air extrêmement célèbre (pour changer) correspond en fait à deux morceaux distincts du même Schubert : l’air le plus connu est un lied (chant en allemand accompagné d’un piano), c’est également un quintette, dont le quatrième mouvement reprend le thème de ce lied. De nombreuses reprises et arrangements ont été réalisés par la suite, et voici un (tout petit) florilège de ce qui existe.

Commençons par le lied, interprété par l’immense Dietrich Fischer-Dieskau et sa grosse voix germanique. Comme souvent, la vidéo atteint des sommets de kitsch avec ses photos de rivières et de ruisselants salmonidés, mais au moins vous pourrez même travailler votre allemand : les paroles s’affichent, ainsi que leur traduction en anglais. Allez, tous en choeur !

Version 1 : « Die Forelle » de Schubert, par Dietrich Fischer-Dieskau

Voici ensuite l’aérienne version arrangée pour piano par Franz Liszt, ce qui fait un troisième morceau sur un même thème.

Version 2 : « Die Forelle », Schubert/Liszt, par Jorge Bolet

Enfin, comment ne pas évoquer le quintette historique, interprétant la version originale du morceau, écrite par Schubert à 22 ans? Il s’agit du quatrième mouvement du morceau, vous entendrez un bout du troisième morceau avant, qui se termine.

Version 3 : Quintette en la majeur, D. 667 « La Truite », Schubert, par IItzhak Perlman, Daniel Barenboim, Jacqueline Du Pré, Zubin Mehta et Pinchas Zukerman

Bonus :
Voici l’air qui a définitivement dégoûté ma pauvre maman de cet air pourtant si joli et si printanier… C’est vrai que, quand ils s’y mettent, les Frères Jacques peuvent y aller assez fort dans les images symboliques dégueu. N’empêche, le morceau vaut la peine d’être écouté.

Le complexe de la truite, par les Frères Jacques

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Bestiaire musical vol. 2 : les petits cygnes en goguette

Une fois n’est pas coutume, c’est de danse qu’il va s’agir aujourd’hui, avec ce très célèbre pas de quatre, extrait du ballet » le lac des cygnes » de Tchaïkovski.
Je sais bien qu’il s’agit des airs les plus connus du ballet le plus connu du monde, et que personne ne va rien découvrir aujourd’hui, mais, en voyant passer cette vidéo, je me suis dit que cette danse fait partie de ces choses si jolies, si gracieuses qu’on peut les regarder mille fois sans jamais se lasser.

Théâtre du Bolchoï, pas de quatre, extrait de Lac des cygnes de Tchaïkovski

PS : Mes pauvres lecteurs, pardonnez-moi de tant vous négliger ces temps-ci. Dès que ma situation personnelle se stabilise un peu, nous pourrons renouer avec les longs billets comparatifs, les versions improbables de morceaux très connus, les remarques gratuites sur les costumes des chanteuses d’opéra et les jeux de mots consternants.

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Bestiaire musical vol. 1 : « j’aime assez tes miaou-miaou »

La musique classique n’est pas QUE chiante et monotone, c’est, vous l’avez compris, l’objet de ce blog de le démontrer. Pour ce faire, j’ai eu cette nouvelle idée de génie : porter à vos oreilles une série de billets de blog à thème animal, afin de vous faire apprécier comment ces farceurs de compositeurs, inspirés par de multiples bestioles, ont su capter leurs cris, leurs comportements, leurs attitudes, et les retranscrire dans leur musique.

Nous commencerons donc par un dialogue que l’on devine extrêmement sophistiqué entre deux chats, composé par Rossini, qui a dû bien se marrer. Plusieurs interprétations existent, et on voit bien que ces miaulements grand-guignolesques sont le prétexte pour les chanteurs de faire valoir leurs talents comiques.

Je commencerais bien ce duo couineux par l’appétissante Montserrat Caballé, assez convaincante en matou ronronnant, nonchalant, qu’on imagine facilement se faire rôtir le pelage près du radiateur à longueur de journée (blablate jusqu’à 1’10, puis commence à chanter )

Duetto buffo di due gatti (duo des chats), Rossini : version 1 par Montserrat Caballé et Concha Velasco

Très amusantes aussi, ces deux respectables ladies en tenues de gala, Pauline Tinsley, fêtant ses 80 ans, et Elizabeth Vaughan, qui menacent d’en venir aux griffes à coups de « miaous » revendicatifs. Elles sont cette fois accompagnées par tout un orchestre, avec des arrangements assez modernes qui leurs rendent plutôt grâce.

Version 2 par Pauline Tinsley et Elizabeth Vaughan

Enfin, comment résister, après les deux dames aux allures de duchesses griffues, au plaisir d’écouter deux petits minets à la croix de bois qui chantent le morceau avec un imperturbable sérieux, qui rend leur interprétation d’autant plus réjouissante qu’il ont de jolies voix.

Version 3 : les petits chanteurs à la croix de bois

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Et je danse, danse, danse, une mélodie hongroise.

Non, je ne vous abandonne pas, mes chers lecteurs. Pour me faire pardonner de ces quelques jours de silence (et de ce titre de billet tout à fait consternant), voici un air joli, connu, charmant, avec du violon, mais aussi du piano, et du romantisme.

Il y a parmi les danses hongroises de Brahms un très gros tube, je dirais même un blockbuster de la musique classique, qui est la danse n°5. Et puis il y a « l’autre », connue aussi mais un peu moins, qui est celle que je vais vous faire écouter aujourd’hui : la danse n°1. Comme la précédente, elle a été écrite à partir d’un air populaire hongrois, et elle est tout aussi belle que l’autre.

A l’origine, ces danses sont écrite, si je ne m’abuse, pour piano quatre mains. Malheureusement, aucune version quadrumane n’a trouvé grâce à mes yeux. En revanche, la version pour violon que j’ai trouvée est très chouette.

Danse hongroise n°1 de Brahms, version au violon par Laurent Korcia

On ne peut pas passer à côté de la version pour piano non plus, surtout interprété par ce charmant hurluberlu chevelu que je vous avais déjà posté par le passé, l’inénarrable Evgueni Kissin. Impossible d’importer la vidéo par Youtube, je passe donc par un sombre site asiatique bourré de pubs incompréhensibles.

Version au piano, par Evgueni Kissin

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Le Grand Mamamouchi de Lully

Un petit morceau en passant, juste comme ça, parce que ça fait longtemps que vous n’en avez pas eu : un bout de ballet composé par Lully, du temps où il collaborait avec Molière à la cour du roi. Il s’agit ici d’un morceau composé pour la pièce Le Bourgeois gentilhomme, qui a dû en traumatiser plus d’un parmi vous en 4ème.

La Cérémonie des Turcs
est destinée à faire de M. Jourdain un Mamamouchi (terme désignant une personne qui se donne des airs supérieurs sans en avoir réellement conscience). Cette scène est le noyau du Bourgeois gentilhomme: c’est autour d’elle que la comédie-ballet est écrite. Monsieur Jourdain, par la grandeur de la musique, pense vivre l’un des plus grands moments de son existence, alors que l’on se moque de lui.

J’aime beaucoup cette marche, très riche, bien baroque comme je les aime, avec de plus en plus d’instruments qui reprennent le thème principal.

Marche pour la Cérémonie des Turcs, Lully, par Le Concert des Nations. dirigé par Jordi Savall

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Pieds nus et poitrine en avant, mains attachées et jupon tournoyant…

…elle enflamme son brigadier qui la retient prisonnière (Jose Carreras) à coups de hanches, cette sacrée Carmen (la mezzo-soprano grecque Agnes Baltsa). Provocante au lance-flamme, manipulatrice, de mauvaise foi (« je ne te parlais pas, je chante pour moi-même », dit-elle… mais bien sûr), cette Carmen-ci se rapproche beaucoup de celle que j’imagine, l’insupportable et envoûtante bohémienne qui ne fait qu’une bouchée de quiconque l’approche de trop près. Avec Karajan à la direction d’orchestre, s’il vous plaît.

« Près des remparts de Séville » ou « la Seguidille », Bizet, par Agnes Baltsa

Il y a sur internet des centaines et des centaines de « Seguidille », interprétées par toutes les grandes stars du chant lyrique, Bartoli, Callas and co. Je vous laisse les découvrir par vous mêmes, mais j’aimerais vous faire partager deux autres vidéos qui explorent le personnage de façon assez différentes.

L’interprétation d’Elena Obraztsova (devinez de quel pays elle vient) accentue encore plus le petit côté « poissonière perverse » de la célèbre gitane, déjà perceptible chez Baltsa ; une Carmen du peuple qui drague à la truelle à coups d’éclats de rire intempestifs et d’oeillades appuyées, assez charmante malgré un costumier qui devait lui en vouloir.

On termine par une Carmen des beaux-quartiers (la célèbre espagnole Teresa Berganza), bien mieux élevée que les deux précédentes, qui envoûte avec pudeur et poésie un brigadier assez sexy (Placido Domingo). Je note son excellente diction (la meilleure des trois), qui nous permet (presque) de comprendre quelque chose à son petit discours enjôleur. La la la la la.

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« Moi j’aime pas la musique classique » vol 2 : Barry Lyndon et Franz Schubert

Même pour ceux dont l’oreille est rétive aux harmoniques des compositeurs classiques, voici un violoncelle qui ne peut que marquer vos mémoires. Simple, mélancolique, tragique, émouvant… Et ce piano, derrière, qui reprend le thème… ! Grands dieux, que cela m’émeut. Meuh.

Il existe des dizaines de versions de ce célèbre extrait du trio opus 100 en mi bémol, mais c’est celle-ci que Stanley Kubrick a choisi, après de très longues recherches, pour devenir l’un des thèmes de son film « Barry Lyndon ». Je vous ai mis la version en entier mais aussi l’une des scènes du film où la musique est utilisée, très belle scène où le personnage principal rencontre, à la lueur de la bougie, la comtesse de Lyndon, qui deviendra sa femme.

Chers amis non-amateurs de musique classique, visez un peu cette tuerie et on verra après si vraiment vous n’aimez pas ça.

Danse n°1 en mi bémol majeur, trio opus 100 2ème mouvement de Schubert, version de Ralph Holmes au violon, Moray Welsh au violoncelle, Anthony Goldstone au piano


Scène de Barry Lyndon (Stanley Kubrick) : la rencontre entre Redmond Barry et lady Lyndon

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Manuel de Falla : Violon et castagnettes

Une danse espagnole. Voilà ce que je voulais faire écouter aujourd’hui à mes lecteurs, une danse extraite d’un opéra appelé « La vie brève », par Manuel de Falla. Un air joyeux, dansant, du violon et même des castagnettes, pour faire oublier une minute toutes les saloperies que peut apporter le mois de janvier.

Je vous mets d’abord la version pour violon et piano, qui n’est pas l’arrangement original du compositeur, mais que je trouve suffisamment sautillant, bondissant, sans être trop chargé. L’interprète, Yascha Heifetz, fait partie de cette génération du siècle dernier de violonistes de génie nés à l’est et partis à l’ouest.

Danse espagnole n°1, tiré de l’opéra « La vie brève », par Manuel de Falla

Version 1 : violon et piano Yascha Heifetz et Emanuel Bey

Une version à la guitare, qui est l’instrument qu’on a le plus l’habitude d’entendre pour la musique espagnole.

Version 2 : guitare, par Ricardo Gallén

Je vous ai mis la version la plus colorée et la plus riche pour la fin : orchestre et castagnettes. Très belle version, postée par cette très élégante dame de soixante-dix ans, Lucero Tena, grande figure du flamenco et joueuse de castagnettes hors-pair.

Version 3 : orchestre et castagnettes, Lucero Tena

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Le Concerto qui rend heureux

La musique de Bach est enthousiasmante. C’est le meilleur qualificatif que j’ai trouvé, en écoutant pour la cinquantième fois ce morceau, qui est l’un de mes préférés de ce compositeur, le Concerto Italien (que, là encore, ma maman joue très bien, même si elle s’est toujours arrêtée au premier mouvement). Sans vous écrire des tartines amphigouriques et barbantes sur l’amour que je porte à cette oeuvre, je suis très sensible au dialogue entre les deux mains, qui s’amusent dans un jeu de question et de réponse, qui se complètent, s’écoutent, se suivent.

Je vais commencer par vous poster une version au clavecin, qui est l’instrument original pour lequel cette oeuvre a été écrite. C’est délicat à écouter, le clavecin. D’aucuns détestent ce son un peu métallique et dénué de nuance. Je trouve au contraire apaisant ce son égal et précis. Le problème, c’est que c’est difficile à enregistrer. En parcourant les merveilles que recèle YouTube, je suis tombée sur beaucoup de versions au clavecin grinçant, mal embouché, indélicat, bref, assez ingrat. J’ai finalement opté, après pas mal d’écoutes, pour cette version de Bruno Procopio que j’ai trouvée à la fois douce et énergique. Je vous conseille, si vous n’êtes pas familier du concerto ni du clavecin, d’écouter d’abord la version pour Piano.

Ce concerto se compose de trois mouvement, un allegro, un lento et un presto mais, parce que je ne veux en aucun cas assommer mon lecteur, je vais me contenter, à contrecoeur, de vous poster le premier mouvement (mais les deux autres sont vachement hyper bien aussi).

Version 1 : au clavecin, par Bruno Procopio

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Mon coeur a balancé, pour la version au piano, entre Richter et Gould, deux « monstres sacrés », comme on dit au pays des clichés, deux tyrannausurus rex pianistiques, qui n’ont pourtant pas grand chose à voir l’un avec l’autre. L’un, Glenn Gould, canadien, génie connu pour sa bizarrerie, ses innombrables manies, ses gémissements pendant qu’il joue (il aurait été atteint du syndrôme d’Asperger, qui est une forme d’autisme). L’autre, Richter, soviétique, secret, superstar. Rien à faire, j’ai beau être animée d’un indéniable sentiment patriotique à l’égard des soviétiques, c’est le Canadien qui remporte la bataille de JS Bach. Je le trouve lumineux. D’ailleurs, je ne résiste pas à l’envie de vous poster, en bonus, une vidéo documentaire du bonhomme en train d’enregistrer ledit concerto (voir à la fin du billet). Vous aurez une meilleure idée de l’animal.

Version 2, au piano, par Glenn Gould

Notez bien que je ne suis pas responsable des images kitsch d’arbres et de forêt choisies pour illustrer la vidéo…

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Bonus

Pour ouvrir un peu le débat, voici deux petites trouvailles glanées sur l’ami YouTube :

Une version jazzy de Jacques Loussier
, connu pour faire swinguer les compositeurs classiques (mais pas pour son accent anglais) :

Glenn Gould en studio d’enregistrement :

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Des bisons, des plumes et Pocahontas en slip

« Bon alors tu vois, c’est un type habillé en grand chef iroquois qui tape sur un tambour, et derrière ya des danseurs en slip déguisés en bison qui font la danse de la pluie, et puis après ya Pocahontas qui entre en scène pour chanter, accompagnée par toute sa tribu qui fait les choeurs.. et le tout se termine avec une magnifique chorégraphie rappelant la danse des canards, sauf qu’ils ont tous un calumet dans la bouche »

Non, aucun calumet de la paix n’est venu embrumer mon esprit, je ne fais que vous décrire cette incroyable vidéo, extraite d’un sublime spectacle mis en scène par William Christie sur les Indes Galantes de Rameau. Oui oui, le même Rameau que Le Rappel des oiseaux pour les braves qui me suivent depuis le tout début de ce blog.

Ne vous laissez pas berner par le ridicule que laisse transparaître mon accroche, cette chorégraphie est vraiment inventive, pleine d’humour et les chanteurs semblent s’éclater.

Version 1 : Patricia Petibon (Pocahontas) et Nicholas Rivenq (Sitting Bull)

Pour ceux que cette flamboyante version dansée n’ont pas effrayés, en voici une autre, plus statique mais tout aussi agréable à écouter, dans un tempo plus rapide, avec une délicieuse chanteuse.

Version 2 : Magali Léger et Laurent Naouri

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